FACE À FACE

Lithographie d'interprétation VS lithographie originale


Comprendre la lithographie d'interprétation

 

La mise en place d'un projet lithographique est complexe. Plus encore lorsqu'il s'agit de reproduire une œuvre sans l'intervention directe de l'artiste.
Réaliser une lithographie d'après le dessin original d'un artiste disparu est un tour de force à bien des égards.
A la différence d'une lithographie dessinée par l'artiste lui-même, la lithographie dite d'interprétation est loin d'être un espace de liberté.
Elle exige un engagement et une fidélité sans partage à l’œuvre originale. Une allégeance à haut risque qui complique considérablement sa réalisation.
Avec des contraintes techniques, artistiques et financières très élevées, sa conception exige une solide préparation et ne tolère aucune improvisation.

Un travail de précision qui faute de savoir-faire et face au risque d’échec est écarté par bon nombre d’ateliers. 
Les autres, quand ils acceptent voient parfois la lithographie d’interprétation comme un défi technique, une occasion rare de se remettre à niveau.

A la différence de la lithographie originale entièrement dessinée par son auteur, le travail du lithographe seul ne suffit pas.
La lithographie d’interprétation multiplie les compétences dont celle déterminante du chromiste. Un métier en voie de disparition au rôle aussi bien technique
qu’artistique.
Plus qu’un simple copiste, le chromiste est un « traducteur visuel », capable de comprendre l’intention de l’artiste disparu.
Par son action, il devient le garant de l’intégrité de l’œuvre originale.

Une expertise qui lui permet d’analyser et reproduire un dessin avec la plus grande précision ; d’en décomposer les couleurs (1 dessin par couleur) ; d’en restituer la texture, la transparence et la vibration sur le support à imprimer.
Une lithographie en 15 couleurs nécessite ainsi 15 pierres ou matrices dessinées et imposent 15 passages sous presse lithographique.

Une lithographie d’interprétation n’est pas une simple copié-collé sans âme qui serait asservie sans discernement à l’œuvre originale.
Il ne s’agit pas de reproduire tout et n’importe quoi.
Toutes les œuvres picturales, quelles qu’elles soient, subissent les outrages du temps et un grand nombre de dessins ou tableaux anciens apparaissent aujourd’hui bien différents de ce qu’ils étaient au moment de leur conception : ternissement des couleurs, encres ou graphite estompés, vernis ou papiers jaunis par les ans, déchirures, craquelures…

Lors de la conception d’une lithographie d’interprétation, un trait frotté ou dénaturé doit retrouver son grain d’origine ; un rouge ou un rose évaporé son éclat d’antan ; un jaune bruni récupérer sa luminosité originelle.

Une lithographie d’interprétation qui doit donc au final être plus « fraîche » que l’œuvre à reproduire, au plus près de ce qu’elle était à l’instant de sa création, avec des couleurs, des traits,
des textures ravivées pour ne pas dire restaurées.

Un challenge technique, artistique, une avalanche d’exigences qui rendent, contrairement à une idée reçue, la lithographie d’interprétation infiniment plus complexe à réaliser qu’une lithographie originale pour un coût de production bien plus élevé.